mercredi 26 juillet 2017

Epopée (jour 1 - part 2) : l’ascenseur émotionnel



Nos Totalistes se retrouvent seuls, certes, mais pas pour très longtemps. Une fois les remparts de Condé, et par cette occasion les premiers escaliers de notre Epopée passés, on retrouve à l’entrée de Chabaud Latour mon copain Nico. Il aurait voulu faire la première étape avec nous mais ne pouvait pas pour cause d’absence de vélo et de marmot à garder. Par contre, il nous a filé rencard sur le chemin et nous attendait avec biscuits apéro et bière. On passe un petit quart d’heure avec lui à papoter, à discuter du passé, enfin de trucs de vieux potes qui se retrouvent. C’était vraiment sympa de le retrouver là et vraiment cool de sa part de nous avoir offert la bière. Il nous propose même de remporter les restes. On refuse pour ne pas se charger, mais on regrettera plus tard. Les autres Chacals sont vraiment ravis de cette visite inattendue (je ne les ai prévenus qu'au dernier moment) qui permet de se rafraichir et de rencontrer encore une nouvelle personne symapthique. Malheureusement on n'a pas pensé à faire une photo de ce moment.
On quitte Nico pour remettre en route car on n’est pas en avance sur le programme. On traverse Chabaud Latour et c’est l’occasion pour moi de raconter quelques autres anecdotes aux copains. Ce début d’étape est pour moi une plongée dans mon enfance, et nous traversons quelques lieux cultes qui font remonter des souvenirs intenses. Je revis ces émotions avec  bonheur et une certaine nostalgie. Mais qu’est-ce que c’est bon ! Je suis tellement content de ce début d’Épopée qui se passe idéalement : la famille et les copains au rendez-vous, tout le monde heureux, c’est le pied. Avec mes copains, on est parti pour une semaine d’aventure en tout liberté. On est des loups ! Ahhhhouuuuuuuuuu !!!
On quitte la France et entrons en Belgique au niveau de Bernissart. C’est là qu’on a prévu de manger, mais Francky nous fait vite comprendre qu’il a envie de rouler un peu. On décide donc qu’on trouvera à manger plus tard, ce qui n’arrivera pas. Au bout d’un moment on se rend à l’évidence, il n’y aura rien sur la route et on décide que des barres céréales feront un repas plus que suffisant. En même temps, avec tout ce qu’on a mangé la veille, on a des réserves. Sur les photos suivantes vous ne verrez pas le chef : il se sauve car il est encore dans son cuissard-dentelles sans t-shirt et ne veut pas qu'on le photographie.
Bon apétit bien-sûr !

Benji préférerait une salade de quinoa


On repart de cette pause en se disant qu’on est vraiment facile en cette première étape et qu’on sera vite arrivés à la destination. Il ne reste que 30 km quand après une petite montée je me retourne pour m’assurer que les copains voient que je prends à droite. Se faisant, je sors un peu du chemin et fait lever une branche. Celle-ci se prend dans ma chaine. J’arrête de pédaler dès que je sens une résistance. Benji, derrière, dit un truc du genre « oh merde... ». Je me retourne, et par terre, je vois ça :

Oui... c'est bien un derailleur explosé

Les fibres de carbone explosées ne me laissent aucun doute : le dérailleur est explosé. Je laisse échapper un « Noooooooooooooooon !!!! » de détresse. C’est fini. L’Épopée est déjà terminée pour moi. Je ne peux pas réparer ça, et je n’imagine pas terminer les 6 étapes en mono-vitesse. Je suis effondré. Les copains essaient de leur mieux de me rassurer. « Mais tu vas savoir le réparer ! Tu sais tout réparer ». Mais pas là. Pas ça. Sans la pièce, c’est foutu. Je suis dévasté. J’essaie de reprendre mon calme, d’analyser froidement la situation, mais je ne peux pas. C’est trop important. J’ai trop voulu faire cette Épopée, c’est le gros moment vélo de l’année. Et il s’arrête là, ici, bêtement, alors que je n’ai même pas fait le con. Ce dérailleur qui a plus de 6000 bornes, avec des passages techniques, des descentes chez Absalon et en bike parc, qui explose à cause d’une petite branche de merde qui est venue se placer pile où il ne faut pas. C’est trop injuste, trop de malchance, trop les boules.
Je finis par me reprendre à peu près en main, et je dérive ma chaine pour passer en mono-vitesse. Le plan : finir l’étape en mono et voir si on trouve un bouclard à Mons pour acheter les pièces qu’il me faut. Une fois l’opération effectuée, on redémarre et je tâche de positiver. Je peux encore rouler, rien n’est perdu.
Forcément il va marcher beaucoup moins bien

Par deux fois, je fais arrêter les copains pour rediminuer la chaine. Le problème c’est que ça ne tombe pas forcément juste sur un développement et la chaine à tendance à se placer dans la position la plus tendue possible. Du coup je me retrouve souvent à pédaler dans le vide. Je finis par avoir un développement correct, mais la chaine est vraiment très tendue. Ça fait un bruit pas terrible de temps en temps, comme un claquement, et je sens que c’est pas génial pour la chaine et sans doute la cassette. Pas grave pour la chaine, je la changerai en même temps que le dérailleur, mais la cassette ça m’agace un peu.
En même temps qu’on pédale, je réfléchis aux différents scénarios possibles et je me résous à prévenir ma famille. Je préférerais m’en sortir tout seul, et je me dis qu’ils doivent passer une bonne après-midi, que ma mésaventure risque de leur gâcher, mais je suis conscient que je ne suis pas méga lucide et ils pourraient être de bons conseils ou d’une bonne aide. J’appelle chez mes parents et mon père ne me croit initialement pas. Mais mon ton ne laisse pas longtemps place au doute. Immédiatement, mon père et mes frangins se portent volontaires pour m’aider. Je leur explique que ça va aller pour aujourd’hui, que je vais finir en mono-vitesse, et que je tâcherai de trouver un bouclard sur Mons. Ça me fait du bien d’en parler aux miens et je sens à la voix de Zouzou qu’elle est limite aussi triste que moi. Elle sait à quel point ça compte pour moi cette aventure.
Lorsque je raccroche, d’après les témoignages reçus à l’arrivée, ça a été l’abattement total chez mes parents. Tous les présents (ma famille, donc, ainsi que Michel et Eléonore) sont désolés pour moi et cherchent une solution pour m’aider. Le petit frère recherche les magasins de vélos, alors que le grand appelle les gens de son équipe pour leur déléguer son boulot et annuler ses réunions du lendemain matin : il ira me conduire où il faut, mais il me fera reprendre ma route.
De mon côté, je constate que mon plateau a une drôle d’allure. Je me rends compte que le bruit de claquement vient de lui. Sous la pression de la chaine il a commencé à se déformer puis fissurer. 20 kilomètres avant l’arrivée, il explose. C’est le deuxième coup derrière la tête. Autant j’avais bon espoir de trouver un bouclard qui vend des dérailleurs 11 vitesses, autant des plateaux en direct mount je ne suis pas convaincu du tout. Cette fois, je ne peux plus continuer. Je rappelle chez mes parents pour qu’on vienne me chercher. Mon grand frère m’annonce qu’il met en route illico. Je marche à côté du vélo pour rejoindre le point de rendez-vous et, sous l’insistance de David, je remonte dessus et il me poussera jusque-là.
On attend une bonne demi-heure, pendant laquelle Benji jette un premier oeil sur les bouclard de Mons qui ont l’air tous fermés, sauf un, qui par ailleurs semble être assez grand. On espère donc qu’il aura un peu de stock. Je suis prêt à payer le prix fort, voire à en profiter pour passer en eagle (12 vitesses), même si ça doit me coûter un rein. Faby nous explique que bientôt ce sera la fin de la galère, et qu’en plus à notre arrivée sans doute on se fera payer une bière par Philippe, notre hôte du soir, qui a l’air super sympa.
L'attente

On voit enfin débarquer la camionnette du frangin. À son bord : les deux frères et le père. Armés d’une glacière remplie de bières (cachées sur la photo sous les bouteilles d'eau) , ils ravitaillent la troupe. Je m’apprête à charger mon vélo, puis constate qu’il n’y a que trois places dans le fourgon. Mon grand-frère me dit « ah mais toi tu finis en vélo. Tu choisis celui de Matthieu ou le mien, et tu finis dessus ». Cela fait renaitre un sourire. Je vais finir l’étape. Je choisis celui de David car ses composants sont compatibles avec ceux de Benji. On ne sait jamais, si je casse un truc... on devient très prudent après une telle première étape. Je ne peux pas charger mon porte bagage dessus à cause des câbles. J'essaie donc de mettre mon sac sur mon dos, mais ça ne passe pas, les anses dont trop justes. On essaie de le monter à l'envers sur le sac du chef, mais ce n'est pas très stable. Du coup les 3 Fabbri l’embarquent, avec mon vélo, et me le ramèneront au point d’arrivée. Ils nous attendront là-bas.
De gauche à droite : Pitivier, Tassin et le sergent-chef Chaudard

On remet donc en route. Je suis content de rouler à nouveau, mais je suis assez pressé d’en finir. Je crois que c’est le cas pour l’ensemble de la troupe, alors on roule assez vite. On torchera les 20 km restants à un rythme assez élevé. Pour la première fois de l’Épopée, chose totalement impensable lors du Périple, je prendrai même des libertés avec la trace afin d’éviter de serpenter inutilement dans Mons : mon père et mes frères nous attendant à l’arrivée, et j’ai vraiment envie d’en finir.
Lorsqu’on arrive à notre hébergement, on trouve les 3 Fabbri à l’intérieur, des canettes à la main. Faby nous annonce « Ah ! Philippe a dû leur servir une bière ! J’en étais sûr que c’était un bon gars ». En fait, Philippe n’est pas là, et comme annoncé par mail à Faby, il avait laissé la clé dans la boite aux lettres. Lassés d’attendre dehors, les 3 lousticks sont rentrés attendre à l’intérieur. Quant aux bières, ce sont les cadavres de tout à l’heure, qu'ils ont utilisé pour nous faire croire qu'ils festoyaient. Je les remercie chaleureusement pour leur assistance et leur patience. Eux cherchent à me rassurer, m’indiquant que chacun d’entre eux fera ce qu’il peut pour que je puisse finir mon aventure. Ca fait chaud au cœur. David m’indique qu’il vient me chercher demain et qu’il m’amènera au bouclard qu’on a repéré. Leurs recherches les ont également conduits à ce même vélociste. En plus ce n’est pas loin de son boulot, donc il m’assure que cela ne le dérange pas du tout. Et si jamais il n’y a pas ce qu’il faut, on trouvera une solution ensemble. « Mais tu repartiras ! » me dit-il. Je ne suis pas encore totalement rassurée, par contre je me sens vraiment heureux de tout ce soutien.
La fourgonnette s’éloigne, avec à son bord mon équipe de secours de l’extrême, et notre équipe de Totalistes découvre son logement. On dispose de trois chambres et on se répartit parmi elles : Benji seul dans celle du bas car il ronfle fort, Dave et Francky dans une du haut, Fab et moi dans l’autre. La visite des lieux nous donne l’impression que notre venue n’est pas tout à fait préparée. Des fringues trainent un peu partout, les objets sont placés comme si clairement il y avait de la vie ici et qu’elle ne s’arrêterait pas avec notre présence. Faby est un peu surpris, il nous dit que d’habitude en AirBnB, en particulier dans les cas où, comme à présent, on loue la maison entière, c’est comme pour une location de vacances : on devrait pouvoir disposer de tout, et la maison devrait être « débarrassée » des objets du quotidien des habitants. Là on a vraiment l’impression de débarquer en plein milieu de semaine chez un célibataire peu précautionneux. Qu’à cela ne tienne. On prend notre douche, on se change, et on se dirige au resto, chez Léon de Bruxelles.
Là, on a tellement faim que 3 d’entre nous prennent les moules à volonté. Faby annonce qu’il en mangera 5 marmites. Évidemment, il calera à 2 comme nous tous. Il se désolera avant cela de l’absence de Tchips, (chips en belge, enfin avec l'accent belge de Benjou) qu’il réclamera au serveur, lequel répondra que ça c’est bien un truc de Français, et que eux ne servent que des olives à l’apéro. Quand Fab verra des cacahuètes à la sortie, il sera à moitié fou.
Je passe avant le repas un coup de fil à Zouzou qui vient de rentrer chez nous. Celle-ci me propose de me ramener mon deuxième vélo. Ça lui fait une sacrée route juste pour me dépanner, mais si ça peut me sauver mon truc elle n’hésitera pas une seconde. Malheureusement je n’ai pas encore remis en état mon Cannondale qui a besoin d’un remplacement de boitier de pédalier. Le pire c’est que j’ai les pièces de rechanges, mais je n’ai pas pris le temps de le faire depuis qu’on a constaté qu’il était bloqué (il y a 1 mois environ). Je pourrais bien lui faire ramener le vélo et les pièces, mais ça fait beaucoup de bazar, et je décide de ne garder cette solution qu’en extrême limite. En tout cas, à nouveau je ressens tout l’amour de mes proches tous prêts à se mobiliser pour que puisse aller au bout de l’aventure. Habituellement Zouzou se moque un peu de mes pérégrinations en vélo, mais pour ce genre d’aventure qui me tient tant à cœur, elle se sent bien plus concernée.
Je rejoins mes amis pour le repas, que l’on accompagne de grosses bières bien balèzes. Autant se fumer, au moins on ne rumine pas. Benji, qui a pris un menu, deale avec le serveur pour échanger son dessert contre une binouze. Celui-ci accepte mais lui sert une Maes, ce qu'il n’aime pas trop. Décidemment, le service chez Léon n’est pas hyper commercial.
On retourne chez notre ami Philippe, qui est rentré entre temps. En tout cas, on a des traces de sa présence : sa voiture est là, et les fenêtres de nos chambres ont été ouvertes. Ok... Par contre point de trace de notre hôte qui ne daigne pas sortir de l’antre où il s’est terré pour nous dire bonjour. Bon bin on le verra demain. En attendant la bière de bienvenue tant attendue par le Fab, c'est dans le baba.
Chacun file dans son lit pour une nuit de repos bien méritée. Avant de dormir, je reconsulte internet pour trouver tous les bouclards de Mons et environ. Pas de bonne surprise, le lundi c’est majoritairement fermé. Bon, on verra demain. On entend les ronflements de Benji monter jusque nous. Quand il en écrase celui-là, c’est pas à moitié.
Je finis par fermer les yeux en repensant à cette journée placée sous le signe de l’ascenseur émotionnel : quel contraste entre le bonheur de ce superbe moment passé avec la famille et les amis hier et ce matin, à la fois chez mes parents et sur le vélo, la détresse de voir mon Épopée se terminer prématurément ! J’ajoute à cela le sentiment de se sentir aimé et soutenu par tout le monde qui veut que je puisse repartir. C’est terriblement intense. J’avoue qu’à ce moment-là je préfèrerai ressentir des émotions plus neutres et être certain de repartir le lendemain, mais avec le recul, quelles sensations puissantes !
Au moment de m’endormir, j’essaie la positive attitude à la demande de Faby : si j’y crois fermement, il y aura ce qu’il me faut au bouclard qui est ouvert. J’ai beau essayer, je n’y crois pas...

mardi 25 juillet 2017

L'Epopée (jour 1 - part 1) : le Grand Départ




Nous sommes réveillés à 7h30 « en douceur » par mon père « jouant » de la guitare en braillant ou soufflant dans son kazoo. Rien de bien choquant pour les habitués de la maison. On s’étire, se regarde pour voir qui est le plus défoncé suite aux excès de la veille, et on descend pour le petit déj.
On est tous un peu dans le pâté mais l’excitation du Grand Départ nous fait sortir de notre torpeur. Le petit déj est pris presque tous ensemble car déjà ça s’agite un peu. Certains s’habillent, d’autres préparent des affaires, tous se battent pour accéder aux toilettes. 
Le petit dej

Mon grand frère David débarque pendant ce joyeux bordel accompagné de Théo et Tom, mes neveux. Tous trois vont se joindre à nous pour le début de l’étape, ainsi que mon petit frère resté dormir sur place, et bien sûr mon père qui servira de guide à ceux qui contourneront les terrils plutôt que de les gravir.
Nous passons enfin à l’étape de charger les sacs sur les vélos. Benji se moque de nous car il s’est acheté un système méga pratique où tu n’as juste qu’à faire clic-clac et l’affaire est dans le sac. Nous on se bagarre un peu avec nos sangles pour bien sécuriser le tout et c’est vrai que ça prend un peu de temps. Mais au moins on est sûrs que ça tient bien, surtout le sac de Francky dont le surnom de la semaine sera le saucisson (ou salami) tellement au fur et à mesure du temps il se fera ficeler de plus en plus fort et adoptera un format de charcuterie emmaillotée du plus bel effet.
On charge le matos

Michel et Eléonore, qui ont dormi dans un gîte à proximité, nous rejoignent pile poil une fois les sacs accrochés. Il ne nous reste plus qu’à faire la photo du groupe avant d’y aller.
Une belle bande de Chacal

Nous sommes donc 11 à prendre le Grand Départ :
·         Les 5 « totalistes » (entendez par là ceux qui feront les 7 jours de l’Épopée), à savoir Francky, Faby, David, Benji et moi
·         6 qui font le début de l’étape départ : Michel et les Fabbri (Fausto le daron, David et Matthieu les frangins, Théo et Tom les neveux)
En ce début d’étape, nous passons par des chemins qui ont marqué mon enfance. Avec mon pote Gizmo, on passait tout le temps par là quand on faisait un tour à vélo. On chemine donc tour à tour par : 

  • le cavin, qui nous amène au célèbre Moulin de Bruille, qui est en fait un vestige d’un fort militaire où on célébrait jadis le 43ème RI.
  • l’ancienne maison de ma grand-mère où je m’arrêtais systématiquement dans le passé
  • la maison des parents de Gizmo 
  • le Marmouze, petite rue où un gros chien nous coursait tout le temps 
  • la cote du Coucou, qui me semblait si terrible durant mon enfance 
  • le lapin mort, chemin nommé ainsi car un jour Francis le roi de la saucisse en 106 y a vu... bin un lapin mort 
  •  l’étoile de Cernay, carrefour forestier entre pas moins de 6 directions et autour duquel on fera 3 tours (juste pour rigoler)

On entre enfin sur une zone pavée (logique dans le pays de Paris-Roubaix) nommée la drêve de la princesse. Elle est d'ailleurs réputée pour être la soeur jumelle de la célèbre tranchée d’Arenberg. Bon, pour nous qui sommes en VTT, cela ne présente pas de difficulté particulière... sauf pour Benji. On n’a pas fait 10 mètres que son super sac clic-clac hyper pratique s’offre un vol plané, arrachant au passage une des lanières le retenant sur le porte bagage. On ne peut s’empêcher de se moquer un peu, même si on ne souhaite assurément pas une galère au niveau des bagages à Benji. Pendant que Benji bricole vite fait, mon père et mon frère Matthieu sortent des flasques de goutte qu'ils proposent à la troupe. Dans celle du père c'est rhum, dans celle du frangin c'est mirabelle. Chacun peut donc choisir son poison. Une fois le remontant avalé et le porte-bagage renforcé, on est reparti.
Premier arrêt technique

Bricolage du porte-bagage tip-top la classe

La première difficulté du jour nous attend un peu plus loin : le Grand Terril. Dans le secteur où on est (Sabatier, dans la forêt domaniale de Raismes), il y a 3 points intéressants pour le vététiste. Le Grand Terril (qui doit avoir un nom mais je ne le connais pas), le Petit Terril (nommé Petit Mortier), et le Plateau. J’ai décidé de faire passer notre parcours sur les 3 car tous ont leur intérêt, et j’ai vraiment envie de montrer à mes copains que dans le Nord, on n’avait pas de montagne, mais mon grand-père mineur et ses collègues nous en ont fabriqué des sympas.
On commence donc pas le Grand Terril, non sans constater qu’un panneau interdit l’accès aux vélos. Mon grand frère indique astucieusement que c’est interdit aux vélos sans personne dessus, ce qui n’était pas notre cas, et donc ça allait. Au pied de l’ascension, j’explique à mes camarades qu’il ne faut pas se fier à la hauteur du terril, et qu’il fallait se méfier de son caractère escarpé. Le grip (adhérence au sol) n’est pas facile quand c’est sec comme actuellement, et les lacets (car ce terril monte en lacets) sont de plus en plus raides. Je lance d’ailleurs le défi à mes amis d’arriver à aller jusqu’au sommet sans poser pied au sol. Je n’ai personnellement réussi pour la première fois que récemment, et avec le sac sur le vélo et le sol très sec, la raideur du tout dernier coup de cul me semble trop forte.
Seuls les totalistes s’élancent sur ce défi. Les autres contournent la difficulté et nous attendent en bas au niveau des sauts pour voir si on essaie de faire des figures ou si on est raisonnables.
Je prends la tête de la troupe et entame l’ascension. Ce Terril je le connais par cœur. Je repense à Johan, avec qui on faisait la course dans cette montée, avec la règle que le vainqueur est le premier en haut, à condition de ne pas poser pied au sol. Avec mon vélo de l’époque, ce n’était pas évident, et ce malgré ma jeunesse. Je repense au petit Olivier qui gravissait ce terril en s’imaginant dans l’Alpe D’Huez, ou à ce jeune Olivier qui le montait seul afin de trouver refuge en son sommet les jours de chagrin d’amour.
Les lacets s’enchainent et je sens que j’ai les bonnes jambes pour l’Épopée. Les uns après les autres, mes compagnons décrochent et à l’issue du dernier virage tous sont à pied. L’erreur est vite arrivée sur ces chemins érodés par les ravinements. Une roue mal placée, et c’est le pied au sol assuré. Et repartir sur ces pentes est très difficile. Comme je disais, je connais ces lacets et leurs pièges par cœur. Du coup je me présente au pied du dernier raidard sur le vélo. J’essaie, j’avoue sans trop de conviction, et doit me résoudre à poser pied à mi-hauteur. Je finis en poussant le vélo.
Je retrouve en haut du Terril deux gars un peu surpris de voir débarquer un type avec un vélo chargé comme ça et je leur explique notre Épopée pendant que les autres nous rejoignent. Les gars sont impressionnés de notre défi. On en profite pour leur demander de nous faire une photo de groupe (à venir quand Dave m'aurait filé ses clichés).
Tout in haut de ch'terril

Francky, roi du selfie

La descente est prévue pour passer hors chemin officielle, par un chemin un peu enduro tracé par quelques passionnés sur les dix dernières années. J’y passe dès que j’en ai l’occasion mais je connais moins bien que la montée. Francky descend du côté « normal » car je le préviens de ce qui nous attend. Je me lance pour ouvrir la piste. Il y a quelques petits sauts sur ce chemin, mais je ne veux pas prendre de risque avec les bagages : je ne les prends pas vraiment. Par contre, je m’éclate dans les virages relevés et j’ai vite fait de perdre les copains. Arrivé en bas, à la zone où nous attendent les autres, je ne m’engage pas sur les fameux sauts. J’en avais repéré un ou deux de mon niveau, mais à nouveau, avec le sac, je ne préfère pas. Les fralés qui viennent ici régulièrement et qui ont conçu ce bike park sauvage ont vraiment créé des tremplins de fous. J’adorerais me lancer dessus, mais franchement je n’ai pas le niveau et par ailleurs mon vélo n’est pas taillé pour.
Je rejoins la meute et me retourne pour attendre les copains qui n’arrivent pas. Je m’inquiète un peu, mais très vite je vois débarquer David puis Faby, et enfin Benji. J’essaie de leur indiquer le chemin à suivre mais trop tard, David se trompe. Il se présente sur un saut, pas trop haut, mais avec 0 vitesse. Je ne comprends ce qu’il fait et apparemment lui non plus. En fait il pensait que ce n’était qu’une bosse qu’il allait enrouler. Il s’en rend compte trop tard et pique du nez directement. C’est la gamelle, gueule par-dessus le guidon. Il se relève assez vite et nous rassure : tout va bien. Il s’en sort apparemment avec une belle bosse à la jambe. Au final, au fur et à mesure de la journée, il sentira une douleur dans la côte et son verdict au lendemain est sans appel : au mieux fêlée, plus probablement un peu cassée. Cependant elle n’est pas trop mal placée et ne le gênera, selon ses dires, pas trop pour pédaler. Elle sera plus embêtante quand il rigolera, ce qui ne manquera pas d'arriver de nombreuses fois.
Parallèlement à cela, j’apprends que les autres ne m’ont pas suivi car Benji avait encore perdu son sac (qu’on accrochera plus fermement à coups de rilsans) et Francky nous rejoignant par l’autre côté casse sa chaine en grimpant, en bourrin, un petit raidard. Je le gronde quand je m’aperçois de l’état dégueu de la dite chaine. C’est Faby et Dave qui se collent à la réparation, non sans enfiler une paire de ses petits gants de chirurgien. Ça évite de se salir les mains, c’est malin. C’est malin, certes, mais la quantité embarquée ne sera pas suffisante pour toute l'Epopée. Il en aura pour à peine deux jours (ça vous laisse augurer une suite alléchante, n’est-ce pas ?).
 
Pour le moment, ça reste drôle
Benji profite de cette halte pour revoir son accrochage de sacoches (vous avais-je dis à quel point c’était pratique le clic-clac-fini ?;op) à base de rilsan.
Une fois les machines réparées et qu’on s’est assuré que le Dave est à peu près OK, on redémarre, direction le petit terril. On passe pour cela sous le chevalet, occasion pour mon père de raconter quelques histoires sur la mine (sous les blagues et sarcasmes appuyés de ses fils qui connaissent les blagues par cœur).
Pour arriver au petit terril, il y a un petit raidard d’un mètre cinquante de hauteur. Il faut prendre un peu de vitesse pour la passer sans encombre. Mon neveu Tom décide de s’y frotter, malheureusement trop lentement. Presqu’arrivé au somment, il repart en arrière et se casse la binette. Il retiendra courageusement ses larmes et sera soigné par David utilisant la trousse de secours de Dodo pour l’occasion.
Les motivés partent donc à l’attaque du petit Terril. À peine démarré, nous croisons un groupe de marcheurs nordiques et je suis interpelé par le premier de cordée. Je m’arrête et lui demande « Qui qu’t’es tizaut’ ? J’t’arconno nin ! ». (Traduction : "Qui es-tu ? Je ne te reconais pas"). Il s’agissait de Dimitri, un jeune que j’ai eu au centre aéré. C’est marrant de le croiser là et ça me donnera l’occasion de raconter plus tard aux copains la fameuse histoire du pari à 1kg de M&M’s (Dimitri faisait partie des pauvres parieurs perdants). On n’échange que 2-3 mots car son groupe veut finir la descente. On continue la montée à rythme tranquille jusqu’à ce qu’un type en VTT croisé plus tôt nous dépasse. Je décide de lui prendre la roue, car on ne me dépasse pas impunément sur mes terres ;op Je finis donc la montée pas à bloc, mais à rythme appuyé. Arrivé en haut, j’attends les suivants et ne me rends compte qu’à ce moment-là que Michel et Théo nous ont accompagnés dans cette montée. Ça me fait bien plaisir de les voir là. Je suis surpris notamment de voir mon neveu aussi à l’aise dans ce genre d’ascension (Michel ne me surprend plus, il est toujours plein de ressources insoupçonnées). Pour la descente, par contre, je lui conseille d'aller avec Michel et Francky par le chemin de la montée. La descente qu’on va prendre n’est pas très compliquée mais peut être piégeuse (mon petit frère peut en témoigner).
On se retrouve tous au point de départ et on redémarre direction le Plateau. Arrivé proche de son pied, Benji nous arrête tous. Cette fois c’est une crevaison. Décidemment, elle démarre bien cette Épopée. Dire qu’au Périple on n’a eu que 3 crevaisons en tout, le record de problèmes mécanique va vite être battu.
On s’arrête donc pour laisse Benjou réparer sa roue, et pour boire à nouveau quelques coups aux flasques de mes frères et père.
Réparation au milieu des camions de pompiers

Nous remontons enfin sur nos machines pour aller affronter le plateau. Cette fois, c’est le Totalistes plus Théo qui y vont. On se donne rendez-vous avec les autres en bas de la descente habituelle.
La montée du Plateau n’est pas très longue et tout le monde la fait à bon train. Je suis ravi de constater que Théo arrive, malgré son peu d’expérience, assez bien à suivre le rythme de la troupe. Une fois en haut, on s’amuse sur les petits toboggans qui parsèment le tour du Plateau, pour le plus grand plaisir de tous. Ce n'est pas très compliqué, mais c'est hyper fun à faire et on a une très jolie vue.
La relève est assurée

Après avoir bien joué sur le tour du plateau, on s'engage dans le chemin de la descente. Je préviens bien les troupes qu’à un moment donné c’est assez raide. C’est même plus raide que dans mon souvenir et c’est assez chaud même pour les expérimentés. Une fois en bas, les autres ne nous attendent pas. J’ai dû me gourer de descente... Bon, c’est pas grave, ça doit être juste un peu plus loin... sauf que c’était juste un peu plus loin de l’autre côté. On va donc se chercher un peu pendant 10 minutes mais très vite le groupe se reforme.
On repart à travers bois et Michel nous régale d’une superbe cascade, effectuant un vol plané au-dessus du guidon quasiment à l’arrêt. Il a bloqué sa route sur on ne sait quoi, mais suffisamment fort pour lancer ce magnifique soleil. Heureusement, il ne s’est pas fait mal du tout.
Quelques réminiscences des pluies précédentes jonchent notre parcours. De grosses flaques occupent le chemin. La plupart d’entre nous esquivera en passant entre les arbres, les plus bourrins (mon petit frère pour évidemment) iront tout droit à travers tout, créant de jolies gerbes d’eau façon Hollywood chewing-gum.
On se dirige vers le dernier truc rigolo de la première partie d’étape, une espèce de petit monticule dont on descend à toute blinde et tout droit en faisant de beaux nuages de poussière. Seuls Dave et moi iront faire les foufous la dedans, Benji et Fab préférant prudemment prendre la petite descente. L’un n’a pas confiance en son vélo, l’autre est encore échaudé par sa chute absalonesque et sa côte cassée.
On approche de la fin de l’étape pour les non-Totalistes, et il est peut-être temps. David, mon grand frère, est super motivé mais a son genou qui le fait souffrir énormément. Il faut dire qu’il a fait un épanchement de synovie quelques jours avant et son genou avait la taille double. Mais il a tenu quand même à venir. Matthieu, mon petit frère, a quant à lui réussi la performance incroyable de ne pas tomber une seule fois, et il aimerait bien que ça reste ainsi. Enfin, Tom semble complétement lessivé. Seul Théo nous donne l'impression de pouvoir continuer encore, ainsi que Michel mais il préfère largement l'idée d'aller prendre l'apéro. Une fois arrivés à Fresnes, Gollum (mon père) décide donc de guider le reste de la troupe par un raccourci. On espère que cette fois il n’y aura pas d’araignée géante sur leur route. On s’embrasse donc, nous prenons quelques photos, et nos chemins se séparent. Pour la première fois, les Totalistes se retrouvent seuls.
Les Chacals Fabbri

Les Totalistes et Michel

lundi 24 juillet 2017

[Test] Etude posturale Body Geometry Fit

J’ai débuté le vélo en 2009, suite à une double tendinite aux chevilles contractée en course à pieds. J’ai d’abord pratiqué le VTT, avec des problèmes de TFL (douleurs au tenseur du fascia lata, apparues en alpinisme, accentuées en VTT, mais résolues suite à kiné et surtout baisse de la hauteur de selle), puis le route à partir de 2011, avec des problèmes au creux poplité (résolus en diminuant le recul de selle). Bref, j’en suis venu à rouler 8000 à 10000 km par an, avec une machine réglée « à la douleur » plus qu’en respectant les cotes théoriques.

Bien que je ne souffre plus vraiment sur le vélo aujourd’hui au quotidien, j’ai encore parfois des douleurs à l’issue de longues sorties (m’ayant même amené à passer une IRM après l’Alsacienne en 2016). A la quarantaine bien sonnée, j’ai donc sauté le pas d’une étude posturale pour remettre à plat ma position.

Et je me suis lancé sur la « body geometry fit » de Specialized, pour laquelle est certifié Cyclostory Metz (http://www.cyclostory.com/Body%20Geometry%20Fit.html), et qu’un copain cycliste a également faite dans une autre région.

La salle de Cyclo Story

Cette méthode ne se base pas – seulement – sur une prise de cotes du cycliste pour en déduire les réglages du vélo : elle mesure la souplesse des articulations, du dos, etc. pour ensuite valider dynamiquement au pédalage que l’on reste dans sa zone de tolérance (voire de confort). C’est ce qui m’a séduit, étant plutôt raide, avec quelques séquelles de mes blessures aux chevilles.


Je suis donc arrivé plutôt convaincu dans la salle dédiée de Cyclostory. Vestiaire et douche pour se mettre en tenue, super local, accueil chaleureux, le petit café de bienvenue, merci beaucoup à Laurent et à son équipe !

Equipé !

Pour l'étude dynamique, on est équipé pour la motion capture, avec analyse en direct de profil et de face.

Moi en points ; en vert les amplitudes dans ma zone de tolérance, en jaune celles qui doivent être réajustées.

Le tout a duré 3 heures, entre anamnèse, mesures et relevés, et étude dynamique. Résultat : un léger déséquilibre dû à une selle par tout à fait adaptée à l’écartement de mes ischions, et à mes pieds creux. Le tout a pu être corrigé par une nouvelle selle et de nouvelles semelles.

Mes réglages eux-mêmes n'ont été que peu modifiés (1 mm d’écart sur la hauteur de selle, et une petite correction de son recul), mais au relevé en dynamique, c’est bluffant : mon genou qui bougeait significativement par rapport à l’axe théorique avant devient stable dans sa trajectoire.


Oh le vilain genou droit qui dévie au pédalage...

Il restera éventuellement à toucher au cintre, qui est un peu large, d’où d’éventuelles douleurs dans la zone cervicale.

En premier ressenti, le feeling sur le terrain est bon, mais sur 200km en quelques jours. Il reste maintenant à valider sur une vraie grosse sortie et surtout sur la longueur. A suivre donc au cours du séjour alpin, c'est là que la qualité de l'investissement devrait ressortir !

PS : en livrable en sortie, un rapport d'une 20aine de page avec notamment toutes les cotes du vélo avant / après, toujours pratique pour la suite !