dimanche 19 décembre 2021

Odyssée 21 (jour 5) : Un déluge et des refuges

On se réveille donc au son de la pluie en ce jour 5 de l’Odyssée. L’eau n’est pas entrée par le velux ouvert, mais heureusement qu’il n’a pas plu plus fort. On ne peut pas dire que le son de l’eau qui tombe du ciel soit des plus motivant pour nous tirer du lit. On se lève toutefois, et on descend pour prendre le petit déjeuner, qui aura pour particularité de nous faire découvrir la confiture de gratte-poux. Le nom est pour le moins surprenant, mais le gout est très bien (il s’agit en fait de groseilles à maquereau). Celle-ci est accompagnée d’un très bon pain et d’un œuf un peu quémandé par Benji la veille. Bref, chez Pierre-Etienne, on ne mange pas le matin, par contre on sait recevoir pour les petits-déjeuneurs.

Pour le coup, c'est artisanal

Ensuite, on se prépare, mais en trainant un peu la patte. Tout le monde semble évoluer un peu au ralenti. La météo nous annonce « pluie » pour toute la matinée, et pour l’aprem, c’est « averses ». Pas « rares averses », non, « averses » tout court. Traduction : avec un peu de chance, il y aura quelques minutes sans pluie dans l’après-midi, mais d’ici là, on va se faire saucer à plein temps.

On se prépare dans le garage

La pluie, qu'est-ce que c'est...

Comme il faut bien y aller un jour, on se décide. On met le K-way, ceux qui ont un pantalon k-way le revêtissent, ceux qui disposent de guêtres (oui, je mets encore mes guêtres de pluie et je ne le regrette jamais) les chaussent. Nous sommes alors dans le garage, alignés devant la porte ouverte, à contempler les gouttes qui rebondissent sur l’asphalte devant nous. Individuellement, personne n’a envie d’y aller. Mais le groupe, lui, décide qu’il est temps. Alors nous y allons, saluant nos hôtes et les remerciant pour l’accueil.

J'y vais ou j'y vais pas ?

Très vite, on est mouillé. Par chance, on démarre par une montée, donc ça nous réchauffe, mais on sent bien que la journée va être très longue, contrairement à la distance à parcourir qui n’est que de 57 km. Très vite, j’annonce à mes comparses qu’il n’est pas question de s’offrir des plans galères gratuitement, et que si les chemins se montrent aussi méchants que la veille en terme de boue et de praticabilité, on esquivera. J’étudie donc mon gps en même temps que nous avalons les premières bornes (et dès qu’on passe dans des endroits abrités, type tunnels) afin d’anticiper les potentielles alternatives. Toutefois, l’objectif de départ reste de suivre la trace, en espérant des chemins corrects.

Certains ajustent leur habillement

La lumière au bout du tunnel ???

Il s’avère, en ce début de parcours, qu’on alterne entre passages plutôt praticables, et passages assez mortels, avec de la flotte et des herbes hautes. Ce genre de chemins, on les appelle les rizières ardenoises (oui ardenoises !). Il faut donc vous imaginer qu’on est dans 10 à 20 cm de flotte, et des herbes hautes en émergent. C’est très bucolique, mais c’est fatigant... et humide.

On a eu quelques montées plutôt sympas, avec de la boue et des pierres un peu glissantes qui rendaient l’ascension technique, et ceux qui avaient des crampons à leurs pneus et une certaine pratique on pu s’amuser à relever le challenge de tout monter sur le vélo. Pour les autres, il a fallu marcher. Les frères Dubois et moi nous sommes bien éclatés là-dedans. David a pour la première fois regretté de ne pas avoir remis un vrai pneu sur sa nouvelle jante, car celui qu’il a reçu avec est vraiment prévu pour terrain sec ou très boueux, mais pas entre les deux.

Par la suite, lorsqu’on a identifié des passages trop galères, on a commencé à les esquiver. Si je voyais qu’une route zigzaguait autour, on prenait plutôt la route. Ça rallongeait un peu en distance, mais assurément ça allégeait en terme de temps et d’effort.

À un moment on s’est trompé de chemin, ce qui nous a contraint à faire demi-tour. C’est dommage, le chemin était en cailloux, bien praticable et en légère descente. Dans l’autre sens, il était toujours bien praticable, mais, vous l’aurez deviné... en montée. On a aussi tenté à un moment un petit single autour d’un accrobranche, ce qui nous a permis de bien visiter les lieux, mais de faire une boucle inutile. Tout ceci reste anecdotique, on n’a perdu que quelques minutes dans ces deux erreurs de parcours.

Dois-je préciser qu’il pleut toujours et que cela ne s’est pas arrêté une seule seconde ? Par chance, la pluie ne tombe pas drue, mais elle tombe continuellement. On est trempés jusqu’aux os. Les K-Ways ne sont plus étanches depuis bien longtemps, et ils constituent désormais plus une couche collante et gênante qu’une vraie protection. Certes, ça coupe encore du vent, mais ce n’est vraiment pas très agréable.

On arrive dans la commune de Wasigny, lieu où on avait prévu d’essayer de trouver à manger, et ça tombe bien, parce qu’on a faim. On voit une grande charpente en bois au milieu de village, sorte de halle pouvant accueillir un petit marché, une petite fête de village ou une bande de cyclistes trempés. On s’y abrite donc, et Faby saute directement sur un autochtone afin de lui demander s’il y a un endroit pour se restaurer dans le village ou une boulangerie. L’habitant lui répond que bien-sûr, il y a une boulangerie, mais qu’elle est fermée le mercredi... et évidemment on est mercredi. À part cela il n’y a rien ici, le plus proche selon lui est à Novion-Porcien, qui est à 9 km de là mais absolument pas sur notre chemin. On se rend donc compte qu’on ne va pas bouffer à midi et on se résigne à effectuer notre « repas » là, sous la charpente. Tâchant de garder le moral malgré la situation un peu compliquée, on prend une jolie photo de notre troupe fin prête à prendre son  pic-nic estival, et j’envoie le menu sur le whatsapp permettant à nos amis et famille de suivre notre aventure :

  •          entrée : abricots et figues confites
  •          plat de résistance : méli-mélo de barres de céréales noisettes, chocolat et fruits rouges
  •          dessert : pate de fruit énergétique

Une maison typique Ardenoise

La bande, prête pour le pic-nic

Curieusement, aucun d’entre nous n’a pensé à emmener une nappe vichy, et c’est debout que nous dégusterons notre repas. Tout aussi curieusement, on ne reste pas trop longtemps, car même si on est à l’abri de la pluie, cette grande halle est sujette, naturellement, au vent qui s’engouffre d’un côté pour ressortir de l’autre, et quand on est trempé, ça caille d’autant plus. Il me faut préciser qu’on a également les pieds mouillés. En effet, même avec des guêtres ou des chaussures étanches, comme il nous a fallu parfois marcher dans l’eau, celle-ci s’est infiltrée par où elle a pu. La palme revient à Fab, qui vaillant et un peu fou (je ne sais pas si ça surprend encore un lecteur), a voulu traverser une énorme flaque. Sa roue a fini par se coincer en plein milieu, et il a été obligé de marcher dedans, de l’eau jusqu’aux genoux. Bref, on a les pieds humides, et le froid provenant des extrémités étant encore plus mordant, ça meule, mais sérieusement !

Donc on n’est pas mécontents de se réchauffer en pédalant. De mon côté, pour me réchauffer le cœur, je chante. Je chante un peu, voire beaucoup, et je dois bien saouler tous mes copains d’aventure, car plus j’ai froid, plus je chante fort (et faux). C’est une technique développée par Lise quand on faisait de la rando dans la jungle de Bali : pendant qu’on chante, on ne pense pas qu’on a mal ou chaud (ou froid dans mon cas présent). Faby, de son côté, se motive en s’auto-persuadant qu’on finira par trouver une oasis dans notre désert mouillé, et qu’une auberge pointera le bout de son nez. Benji est bien moins optimiste et Faby lui assène son célèbre couplet sur la pensée positive qui mettra sur notre chemin un endroit pour se restaurer.

À un moment donné, je décide d’esquiver un chemin merdique et je nous fais passer par une petite route qui monte. Arrivé au sommet, on tourne la tête sur notre gauche et là... elle est là ! Juchée sur sa petite colline, arborant sa belle terrasse couverte de larges parasols Grimbergen, exposant fièrement ses panneaux « Bar, Brasserie » : l’auberge de la Providence ! (en vrai cela s’appelle simplement « la taverne », mais je pense qu’elle mérite clairement d’être rebaptisée).

L'Auberge de la Providence

Histoire de ne pas tout crader, on se met en terrasse et on sirote notre première bière (une cuvée d’Arthur) et on commande notre repas : un bon cordon bleu maison avec une aubergine grillé et un gratin dauphinois !

Une bière fraiche qui réchauffe le coeur

Cuvée d'Arthur

En attendant nos assiettes, certains copains se changent pour mettre des habits secs, et voyant les corps dénudés de Fab et Cyrille, les convives à l’intérieur du restaurant, qui sont d’un certain âge, sont toutes émoustillées. Une dame nous montre que celle qui est probablement sa maman et doit avoisiner les 80 ans ne tient plus en place. Du coup, Benjou se place bien devant le fenêtre lorsqu’il se dévêt à son tour, et on sent qu’il a envie de bénéficier du travail effectué pendant des heures à la salle de sport... mais son changement se passe dans l’indifférence la plus grande, et on sent bien qu’il est très déçu. Nous, ça nous amuse beaucoup.

Le vent se lève à nouveau et la pluie redouble. On est bien sur notre terrasse, mais il fait encore un peu froid. On demande au patron si finalement on ne pourrait quand même pas manger à l’intérieur et celui-ci nous accueille volontiers. On se met sur les tables hautes près du bar, et là, sincèrement, on est les rois du monde. Le juke-box passe de la musique rétro qui ne l’était pas quand on était jeunes (donc on aime bien), le plat est bon et chaud, le dessert aussi (hummmmm moelleux au chocolat), la bière coule à flots : on est refaits !

Le moelleux des bienheureux

Le café des satisfaits

Sam le pirate

Brrrrr... va falloir y retourner

Bon, je sors, mais j'étais bien ici

Pas facile de se remettre en selle après une telle pause, mais elle nous a tellement régénérés qu’on redémarre avec un entrain retrouvé. Les bières doivent aider un peu également.

Préparatifs sur la terrasse trempée

Ciel un poil couvert

Ceci étant dit, le froid nous saisit salement, d’autant qu’on démarre avec une descente en plein vent. Physiquement, tout le monde est plutôt en forme. Il y a quelques montées assez raides, et parfois techniques, et tout le monde semble plutôt à l’aise. On est au cinquième jour, nos corps sont évidemment fatigués, mais comme on les a plutôt bien préparés, et qu’on a su s’économiser quand il le fallait, j’ai l’impression que le pédalage est loin d’être la difficulté majeure de la journée.

Nous arrivons à un moment donné dans un passage extrêmement boueux, avec de la terre crayeuse et glaiseuse à souhait qui s’accroche au dérailleurs et encrasse toute la chaine, le genre de mélasse qui sèche dès qu’on arrête le mouvement pour se transformer en terre cuite et faire péter la chaine et parfois plus. Du coup, on essaie de l’esquiver en roulant sur le bas-côté et les hautes herbes, mais ce n’est pas évident non plus. Ce genre de passages entamera bien notre énergie, mais également notre mental, car on s’inquiète de casser quelque chose. Les dérailleurs craquent dans tous les sens, les vitesses ne passent plus, ou alors à des moments où on ne le souhaite pas. Du coup, on essaie de nettoyer comme on peut, en roulant dans les flaques, en utilisant l’eau de nos gourdes pour enlever le plus gros. Benji est particulièrement impacté, la géométrie de son vélo étant apparemment très propice à l’accumulation de boue à l’arrière du cadre entre la roue et la tige de selle. On est obligé de s’arrêter un moment une bonne dizaine de minute pour le laisser débouer (c’est comme déneiger, mais en moins blanc), en sachant pertinemment qu’on est susceptibles de devoir recommencer 500 mètres plus loin.

Un peu plus loin, on se regroupe tous au niveau d’un cimetière, et je ne sais plus quel génie nous rappelle qu’en général, dans un cimetière il y a de l’eau courante, et on en profite pour remplir nos gourdes qu’on utilise pour bien nettoyer les vélos. Une fois ceux-ci bien nettoyés, on leur met un coup de dégrippant (ok, c’est pas censé lubrifier, mais c’est mieux que rien et ça permet d’enlever les crasses qui restent), et ça nous rassure d’avoir dégrossi le nettoyage dans l’optique de finir l’étape sans tout casser. Il faut bien vous rendre compte, chers lecteurs, que la casse mécanique c’est une de nos plus grandes craintes. Relisez l’Épopée si vous voulez avoir un échantillon intéressant de l’ensemble des merdes qui peuvent arriver dans ce genre d’aventures et qui hypothèquent nos chances de finir. Car si on casse du matériel trop spécifique, impossible de trouver des pièces de rechanges. Déjà que les bouclards ont rarement ce qu’il faut en stock, mais en plus il faut se rendre compte qu’on est bien paumés au fin fond des Ardennes. Des endroits paumés, j’en ai visité quelques-uns en France, mais rarement je me suis senti enfoncé aussi profondément dans le milieu de nulle part. Aussi, nos dérailleurs et autres pièces de transmissions sont un peu le bien le précieux que l’on possède à ce moment-ci de notre vie.

Petit à petit, on se rapproche de l’arrivée, et on commence à se dire qu’on va réussir à finir cette étape infernale. Je ne vais pas dire que du coup on se détend, parce qu’en fait, même si cette journée est difficile, tout le monde a toujours gardé le moral. Bien-sûr, on a moins papoté que les autres jours, mais tout le monde a gardé le sourire tout du long, les blagues ont fusé dans tous les coins, et cette bonne humeur permanente est, à mon sens, pour beaucoup dans notre capacité à surmonter l’épreuve climatique. J’ai vraiment ressenti cet esprit de groupe, cette sensation d’être tous ensemble dans la même galère, et d’être attiré vers l’avant en ayant conscience que tout seul, jamais on n’y serait allé.

On fait pas pipi sur mon mur

On entre dans Rethel, quasiment arrivés, et on appelle nos hôtes pour les prévenir, et leur demander s’ils ont la possibilité de nous prêter un tuyau d’arrosage pour nettoyer nos vélos, nos bagages, et nous-mêmes en fait, car tout est extrêmement sale et boueux. Dans le cas contraire, on essaierait de trouver un car wash pour se passer intégralement au karcher (voire aux rouleaux). Nos hôtes nous indiquent qu’ils ont tout ce qu’il faut et qu’on peut débarquer immédiatement, ce qui nous arrange bien.

Nous arrivons donc à Thugny-Trugny, dont nous nous posons la question du nom des habitants. On apprendra, avec tristesse, qu’ils n’ont pas de nom, mais Cyrille proposera que nous les nommions les Tonitruants, ce qui nous semble à tous particulièrement joli, bien qu’inadapté tant le village semble extrêmement calme (euphémisme de ouf).

Lorsque nous sonnons à la porte de notre logement du jour, nous sommes ravis, car nous avons froid, mais très vite nous déchantons un peu. La première impression que nous avons des lieux et de nos hôtes est vraiment étrange. Sylvenne nous accueille d’un côté avec un air assez fermé, nous indiquant qu’elle n’a jamais reçu de personnes aussi sales. De l’autre, Francis sort le karcher qu’il nous avait proposé avec tellement de mal à le brancher et le faire fonctionner qu’on en vient à se demander s’il a vraiment envie qu’on nettoie nos vélos là. J’ajoute à ça les chambres atypiques, décorées de vieux journaux, de pages de bédés ou d’anciennes pubs, la fenêtre fermée et occultée par une planche dans notre chambre, et une petite odeur d’humidité, on a un peu le sentiment d’arriver dans l’auberge rouge. Fab m’indiquera une fois dans la chambre qu’il sent de mauvaises ondes dans cette maison.

La chambre de Francky, Dave et Cyrille

Leur WC, avec une BD accrochée au mur

La cuisine

Le hall avec une mezzanine

Le chambre de Sam et Benji

La salle de bain avec des affiches

Des affiches coté WC aussi

La chambre de Fab et moi

Le fab a ouvert la planche-volet pour aérer un peu

Nos WC avec pubs d'époque

La salle à manger-bibliothèque

Avant cela, on met un bon moment à tout passer au karcher : les vélos, les sacs, les cyclistes. Le sac de Benji n’est pas étanche, et il a oublié sa housse imperméable. Du coup, tous ses vêtements sont gaugés, comme on dit en Franche-Comté. Il file donc très vite les mettre au sèche-linge afin de leur donner le plus de chances possibles d’être secs le lendemain. Une fois tout rincé, on suspend nos affaires en k-way dans le garage, avec le sentiment que l’humidité ambiante ne leur permettra jamais de sécher durant la nuit.

Nettoyage bien mérité

À l’entrée du garage, il y a une espèce de ponton en bois qui est évidemment trempé. Francis nous dit de ne pas marcher dessus... un peu trop tard. Je glisse, m’envole, et ai juste le temps de faire appel à mes reflexes de judo pour éviter de me faire trop mal en m’écrasant dessus. Par chance, j’évite de me casser quoi que ce soit.

On rejoint nos chambres, et on prend une bonne douche. Je sors mes affaires de mon sac et constate avec plaisir que tout est quasi sec. J’ai eu une petite infiltration par la fermeture éclair, mais comme j’ai positionné mes habits avec soin, seule ma pochette étanche contenant mes outils est humide, donc tout va bien. On met quand même le radiateur à fond pour réchauffer la pièce, et on dispose dessus et à coté nos éléments les plus mouillés, tel que nos petites sacoches de cadre et leur contenu (celles-ci ne sont pas étanches).

Une fois la douche prise, des habits secs enfilés, nous descendons dans la grande pièce du bas où un feu a été allumé au sein de la cheminée. Quel bonheur de s’installer dans le fauteuil à côté pour boire une bière ! On dispose nos chaussures autour de l’âtre, et les plus futés d’entre nous (Sam et Benji) disposeront également tous leurs habits. Ça ressemble à un véritable camp de barakis, mais on y est bien !

L'âtre qui réchauffe les chaussures

Très vite l’heure de manger arrive, et nos hôtes se joignent à nous pour le repas. Sylvenne à un bout de la table, Francis au milieu, et à l’autre bout une amie venue les aider et se joindre à nous pour le repas (Fab me dit qu’elle s’appelle Elodie, j’ai honteusement oublié son prénom). Nous passons un repas excellent. Déjà, la nourriture et la boisson sont parfaites, mais en plus la compagnie de nos hôtes est des plus agréables. Ils sont charmants, cultivés et les discussions sont variées et enrichissantes. On passe plusieurs heures à manger, discuter et deviser joyeusement. On se rend compte, un peu honteusement, que la première impression que nous avions eue sur le lieu et ses occupants été totalement infondée. Une fois que nous sommes au sec, réchauffés, et que nous avons appris à mieux connaitre les gens qui nous reçoivent, on voit leur habitation avec un oeil nouveau. Les chambres qui paraissaient bizarres deviennent atypiques, la salle à manger-bibliothèque passe d'étange à charmante, et l'ambiance de la maison passe de chelou à chaleureuse. Comme quoi il ne faut pas rester figé sur ses premières impressions. Sylvenne, Francis, si d’aventure vous deviez lire ces quelques lignes, je tiens vraiment à vous exprimer toute notre gratitude pour votre accueil et pour cette soirée formidable !

La joyeuse tablée

Le carburant

Ce truc est plus vieux que Benji

Après le repas, nous rejoignons notre chambre pour aller nous coucher. À présent, il y fait extrêmement chaud. Nos affaires ont bien séché, c’est déjà ça. Il y en a un peu partout, les sacs encore humides à l’extérieur, pendent aux patères, nos habits sont répartis sur toutes les surfaces planes disponibles. J’effectue les opérations habituelles d’avant dodo : massage des cuisses, crème à cul puis résumé de la journée sur dictaphone. Je pense ensuite éteindre et dormir, mais Fab me demande de l’aider à préparer la surprise qu’il doit faire lors du spectacle d’anniversaire de Francky. Il y a d’abord une chanson, dont Fab ne connait pas l’air ("in the army now"), puis une chorégraphie des 2B3. Cela me donne l’occasion d’un bon fou rire nocturne pendant qu’il gesticule au milieu de la chambre.

Avant de m’endormir, je pense que le lendemain des partialistes (Bruno, le voisin de Francky, ainsi que Quentin et Corentin, les jumeaux terribles de Vendeuil) nous rejoignent, ce qui est bien sympa parce que ça va amener du sang frais et un certain renouveau dans notre équipée. Comme ils débarquent à 9h, on ne peut pas partir avant, donc on a quasi une grasse mat’ le lendemain (on met le réveil à 7h30, wahou !). Normalement, il est censé faire beau... enfin beau... pas pluie, c’est déjà ça. Mais bon, ce sera mouillé au sol, donc on sera sûrement mouillés par en bas. Aujourd’hui, ça nous faisait rire de rouler dans les flaques, vu qu’on était déjà mouillé, mais à mon avis, demain on sera beaucoup plus attentifs à les esquiver. On verra bien

Bonne nuit les tout nus !!!

Je m’endors ensuite rapidement, dans cette chambre où finalement ne se dégagent que de bonnes ondes.

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Le profil de la trace prévue

Le profil du trajet effectif

vendredi 17 décembre 2021

Odyssée 21 (jour 4) : Du flan, de la glace et de la boue

 Joe Dassin a dit : "Les matins se suivent et se ressemblent". Notre amour de l'Odyssée n'a pas fait place au quotidien, mais c'est vrai qu'un certain schéma se répète chaque jour, dès potron-minet:

  •          on se réveille
  •          on se prépare
  •          on prend le petit déjeuner qui est composé de baguettes, confiture, café
  •          on attend Fab
  •          on y va

On n'a pas l'air faits pour vivre ensemble ?

Ce matin-ci ne fait pas exception à la règle. Non, je déconne, le fait notable de ce matin est que même Fab est prêt quand on souhaite démarrer et on donc on lance assez tôt. Bon, ok, je vous rassure, il est bien sûr d’abord passé par sa phase je sors tout, je rerange tout habituelle, mais rapidement.


Mes affaires avant le départ

Les affaires de Benji

Les affaires de Fab

Le début étant toujours sur la trace de la French Divide, et pas trop pentu, on arrive très vite à Charleville-Mézières. Francky nous a bien fait une petite crevaison histoire de pas y arriver trop vite quand même, et on en profite pour se photographier devant le paysage qui est beau, en vrai. Ou alors c’est nous. J’sais pas.

Tellement anecdotique que ça l'amuse

Non, en fait je sais, c'est nous qui sommes bogossssss

On arrive donc vite à Charleville-Mézières, disais-je. Cette étape est un peu à l’inverse de celle de la veille : le début est plutôt tranquille et toutes les difficultés sont à la fin (voir le profil). La trace étant prise en sens inverse, on se retrouve à passer par quelques rues à sens unique. Les voitures ne nous en tiennent par rigueur, par contre on se fait houspiller par quelques piétons.

On décide de s’acheter un sandwich car par la suite on va se trouver dans des coins bien paumés. On trouve une boulange qui fait un menu sandwich plus dessert, et nous sommes nombreux à prendre l’option flan pour le dessert. On ne sera par contre pas nombreux à l’emmener jusqu’au repas : ce n’est pas facile à transporter, et ça donne trop envie.

Ce passage à la boulangerie nous permet de constater que les Carolomassériens ne sont pas hyper sympas. En effet, alors que 2 ou 3 d’entre nous sont à l’intérieur pour commander pour tout le monde, un indigène entre et s’exclame, énervé « oh y’a trop de monde ici ! ». Il lui suffisait d’attendre dehors, en fait...

Et pour vous ce sera quoi ?

Le menu du jour

Pendant ce temps, je garde les vélos avec Francky, et Cyrille discute avec des clochards pour leur demander si le business de la manche est prolifique dans le secteur. Il semblerait que non.

Garde-vélos

On s’arrête à la place Ducale, que Cyrille voulait absolument visiter pour prendre en photo en guise de dédicace à des amis à lui, et il faut reconnaitre que ça a du charme.

Place Ducale côté pile

Place Ducale côté face

En sortant de la ville, on commence en effet les choses sérieuses, avec une grosse côte en 2 parties qui nous fait grimper plus de 200m de D+. Elle est d’autant plus sérieuse qu’on sort des routes bitumées pour passer à des chemins pierreux, où il faut parfois bien choisir où on pose les roues pour éviter de riper. Heureusement, il fait beau mais pas trop chaud, donc ça reste agréable à monter, mais même en montant à l’économie, on est obligés quand même de taper dedans pour arriver au bout. Une fois fait, on s’arrête pour manger le sandwich, enfin... on s’arrête dès qu’on trouve un endroit suffisamment confortable selon les critères de Faby, c’est-à-dire qu’il y a un banc ou un truc équivalent. On trouve un amas de tronc qui permet à tout le monde de se poser peinard.

On se croirait en amphi

On mange donc notre sandwich, et, pour ceux qui l’ont transporté jusque-là, notre dessert.

Après le repas, ça reprend sur de la descente, et on est très vite stoppés car Benji crève, piégé par une épine d’acacia selon l’arboriste du groupe (Cyrille). Il s’agit du pneu qui a déjà crevé, donc chambré, car surement que sur du tubeless ce serait passé inaperçu.

Pendant que Benji répare, Fab en profite pour rafistoler le vélo de Francky (resserrage de pédalier et rilsan pour mieux aménager le passage de durites).

Benji, en forme mais crevé

À peine repartis, Cyrille constate que la vis de son porte bagage a encore cédé. Il essaie d’alléger son chargement en bricolant un truc avec des élastiques. Ce n’est pas très convaincant, mais pour le moment ça tient à peu près.

T'inquiète mamie, je gère

On rentre dans une forêt qui borde un lac, et Fabrice croise quelqu’un qu’il interpelle afin de lui demander où on pourrait manger des glaces. En effet, depuis que sur la place Ducale il a vu un camion de chez Martinez, le célèbre glacier qui étend son empire sur toutes les Ardennes et la Picardie, il ne rêve que d’une glace. Le promeneur lui indique qu’on peut en trouver à la plage du lac qui se trouve à environ 500m, et notre chien fou ne tient plus en place. Du coup, on accepte de ne pas suivre la trace rigoureusement et de longer le lac afin d’être certain de ne pas rater la plage, et donc découvrir enfin les glace de chez Martinezzzzz (prononcez bien le zzzz à la façon mexicaine des pubs old el paso).

Deux kilomètres plus tard, toujours pas de plage... enfin, pas de notre côté. On en voit bien une, mais elle est de l’autre côté du lac, donc si elle est à 500m, c’est à vol d’oiseau (ou en pédalo).

C’est donc avec le cœur brisé que Fab passera par les différentes étapes du deuil :

  •          d’abord, le déni « non mais y’en a forcément une autre de ce côté-ci »
  •          puis la colère « l’enfoiré, il aurait pu nous dire que c’était l’autre côté »
  •          vient ensuite le marchandage « copain, vient on y va quand même, c’est pas loin, j’suis sûr que c’est en parallèle de la trace »
  •          pour passer à la dépression « je suis triste »
  •         puis l’acceptation (mais toujours un peu triste quand même) « bon d’accord, mais je suis triste »

Les vingt derniers km de la journée sont bien difficiles et nous laissent augurer une journée du lendemain bien ardue : les terrains sont très boueux, gras, on s’enfonce et ça colle. Le long du lac, il y a avait aussi des flaques, mais elles étaient peu profondes et le sol autour était correct. Mais là, sur plusieurs chemins que nous avons pris, la flaque faisait toute la largeur du chemin et s’enfoncer dedans pouvait mener à se bloquer en plein milieu.

C'est gras

Un cueilleur de champignon

On attend encore un moment Fabrice et Cyrille qui ont dû de nouveau bricoler le porte-bagages de l’ainé des deux. Cette fois, c’est avec un extenseur du fab qu’ils essaient de maintenir le truc en suspension. Ça bouge, mais ça frotte plus, c’est déjà ça. Cyrille étudiera cela plus attentivement ce soir.

Vous la sentez la grosse sérénité sur le visage ?

Pendant que nos deux compères faisaient cette réparation, on a pu discuter avec un cueilleur de champignons qu'on croise sur un chemin étroit. Il nous explique les différentes espèces qu'on ramasse dans le coin, que j'ai évidemment déjà oubliées. Cyrille nous propose d'aller en cueillir pour nous faire une poêlée ce soir, et se vexe lorsque je lui dis que je n'en mangerais pas. Le gars, il fait descendre en rappel des gens avec des cordes absolument pas adaptées, et il croit que je vais bouffer des champis sur base d'un "fais moi confiance"? 

Les dernières difficultés ne sont pas de tout repos. Lorsqu’on n’est pas dans les bois sur le type de chemin décrit précédemment, on est dans des champs avec des hautes herbes qui viennent s’entourer dans les dérailleurs (préalablement mouillés et garnis de boue).

Les deux dernières difficultés sont suffisamment pénibles pour que nous décidions d’éviter la dernière bosse du parcours (nommée poétiquement « la bite »... oui, je sais, c'est de plus en plus élégant) car celle-ci est vraiment gratuite : on fait un petit détour par rapport à la ligne directe vers notre logement juste histoire de se faire du mal. Il faut quand même s’économiser, on a encore 3 jours à faire derrière, et comme dit précédemment, on sent que le lendemain ne va pas être de repos au vue de la qualité des chemins ardennais et de la météo qui est annoncée.

On arrive à notre logement chez Luce et Pierre-Etienne. Ce dernier fait une apparition très théâtrale, avec la porte de garage s’ouvrant doucement, laissant entrevoir en premier lieu son sarong, puis le bas de sa longue barbe blanche, pour enfin le dévoiler en entier, la touche finale étant son catogan de babos. Leur accueil est chaleureux, et ils nous prêtent volontiers un tuyau d’arrosage afin que nous puissions nettoyer nos vélos dans le caniveau : ils sont blindés de terre, et on ne veut pas repeindre en marron le trottoir des voisins en contrebas.

On est contents de pouvoir laver les biclous, ça peut paraitre mesquin ou puéril pour les non-initiés, mais en fait ce n’est pas pour l’aspect esthétique. Comme je l’ai sûrement plusieurs fois précisé sur ce blog, il est important de ne pas laisser la saleté s’accumuler dans les transmissions. Au-delà du bruit insupportable, ça nuit au bon passage des vitesses, ça use prématurément et cela peut même entrainer de la casse. Donc un des moyens de s’assurer qu’on va au bout, en plus de ménager nos muscles, c’est de ménager nos montures.

Une fois les vélos lavés, on les entrepose dans le garage et on découvre le lieu. On comprend vite l’appellation qui lui est donnée, le Guingois, car les velux sont de traviole et le sol penche sérieusement. Toutefois, c’est rénové avec goût et c’est très joli. Coté déco, elle ne laisse pas indifférent : on aime ou on n’aime pas

Un peu punk

Un peu goth

Pour cette nuit, on est censés tous dormir dans un dortoir, mais comme il y a un clic-clac dans la pièce à vivre à l’étage en dessous, on convient d’y exiler Benji. On se répartit le reste des lits. Fab et moi nous dévouons pour partager un lit double.

Le dortoir de boyz band

Le clic-clac du ronfleur

Pierre-Etienne nous offre une bière, et par la suite on enverra le Chef lui en racheter d’autres, car la bière c’est important. Dave nous expliquera qu’il a pu découvrir la vie secrète, faite de bières planquées, de notre hôte.

Le repas est très bon : une part de tarte aux maroilles pour commencer, puis un gratin dauphinois avec une merguez, un très bon plateau de fromage et une très bonne tarte à la rhubarbe pour le dessert. Le tout est accompagnée d’une bouteille de vin rouge que Faby qualifiera de « piquant ». Puis Pierre-Etienne nous rejoint pour nous offrir la goute, à savoir de la poire williams. Certains regretterons de ne recevoir qu’un verre. Ma faculté à ne pas tenir l’alcool fort s’en réjouira.

A la tienne Pierre-Etienne

Nous papotons avec notre hôte, qui nous sermonne ses préceptes de vie un peu babacool, parmi lesquels le fait qu’il faille jeuner de temps en temps et surtout ne pas prendre de petit déjeuner. Il achève de me saouler en me prenant pour exemple en indiquant que je fais clairement partie des gens qui petit-déjeunent et que ça se voit. J’ai bien envie de lui proposer de venir gravir « la bite » à vélo avec moi afin qu’on voit lequel des deux finit le premier en haut, mais ma politesse et ma bonne éducation font que je me contente de sourire poliment et hypocritement.

À l’issue du repas, on est un peu fatigués, mais on décide malgré tout de faire un poker menteur, histoire que Cyrille ne transporte pas les dés pour rien. La partie est remportée par Francky le sniper qui nous aura tous brain les uns après les autres. Puis tout le monde va se coucher et je pense qu’on s’endort tous très vite.

Durant la nuit, il pleut sur notre velux ouvert (mais conçu de telle manière qu’il ne peut pas nous pleuvoir dessus, selon notre expert en charpenterie, à savoir Faby). Je songe à l’état des chemins qui nous attendent demain, et me dépêche de m'endormir avant que cette pensée ne m’obsède.

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Le profil de la trace prévue

Le profil du trajet effectif