jeudi 3 août 2017

Epopée (jour 5) : le sang frais



Le petit déjeuner qui nous attend lors de notre réveil est à la hauteur de la maison et du jardin dans lequel nous avons été accueillis : délicat, coloré et vraiment agréable, avec notamment une soupe de fraise terrible ! Mais on a aussi du jus de fruit fraichement pressé, des fruits frais, du fromage. Et le tout très graphique, comme dirait le Fab, car tout est dans des couleurs assorties. On sent la touche féminine.
On discute avec notre hôte qui est très sympa et très zen. À un moment, elle explique qu’il faut « vivre l’instant ». Ca deviendra le crédo du Fab, mais vous savez, façon Fab, c’est-à-dire utilisé à tort et à travers. Quand par exemple on lui demande : « Il est où Francky ? », il répondra « Il vit l’instant ».
On va préparer nos vélos, s’attendant à voir débarquer sous peu nos amis Pierre et Jean-Yves qui nous rejoignent. Et oui, Pierre a prévu de faire les 3 derniers jours, et Jean-Yves juste cette journée. On se dit que ce sang frais va faire du bien, et en même temps on espère qu’ils ne vont pas nous cramer avec toute cette énergie à revendre.
En les attendant, on fait le point avec Benji sur le profil de l’étape et on décide de contourner deux saletés qui sont sur le chemin. Sans doute qu’il faudrait pousser les vélos, et on a des possibilités d’esquives qui ne sont pas trop pénalisantes. On repère donc le moment où il faut bifurquer.
Pierre et Jean-Yves arrivent un peu à la bourre car en papotant ils ont raté une sortie. On prend une photo de groupe, remercie notre hôte pour son super accueil, puis nous démarrons.
La bande s'agrandit

On se félicite avec Benji de notre premier contournement. Ça monte quand même, mais c’est clairement moins pénible que de pousser le vélo. Pendant cette montée qui dure un petit moment, mais qui est à pente très contenue, des petits groupes se forment et on papote tranquillement. Pierre essaie de se faire raconter les 4 premiers jours, mais il y a tellement à dire. J'ai l'impression de me noyer dans les souvenirs quand j'essaie de raconter un truc, sachant qu'une chose en amène toujours une autre. Jean-Yves, de son côté, commence la démonstration de sa puissance tranquille : le cul vissé sur la selle, elle pédale à rythme lent mais puissant, et distance peu à peu les autres, sauf Francky bien-sûr.
Après 1h30 de trajet, premier arrêt : Francky a crevé un pneu au pied d’une montée. La solidarité s’étiolant avec la fatigue, les copains décident de l’attendre en haut. Seuls Fab et moi restons pour l’aider, le soutenir, et surtout le prendre en photo. Il râle à peine le Francky. Il commence à s’habituer à s’arrêter pour les problèmes techniques, les siens ou ceux des autres. 
Prendre en photo c'est aider un peu

Francky aura beaucoup peaufiné sa mécanique dans cette Epopée
Les autres continuent la montée

Un petit regard en arrière

Vous voyez ? Il a presque l'air content
Presque...

Une fois la roue réparée, on repart et ça enchaine sur un single bien technique. Pierre s’étonne qu’on ne se jette pas à corps perdu dedans. Chat échaudé craint l’eau froide, pas de risque inutile. On descend ce qui est raisonnable sur le vélo, on passe à pied sinon.
On voit pas mais le chemin derrière est raide

Peut-être sous un autre angle ?
Là on voit mieux !

On arrive à proximité de Florenville, où on compte manger, et on s’arrête sur un petit pont d’où on a une très jolie vue.
Florenville est au loin, au milieu

Ca c'est de l'autre côté du pont
Le groupe sur le pont

Un joli moulin à eau

Fabich, roi du selfish

Il ne nous reste qu’une petite côte et on est arrivé. Fab a envie de manger italien, alors on recherche un resto italien sur google. On en trouve un, et quand on y arrive il commence à pleuviner. Pas question de manger en terrasse, on demande une table à l'intérieur où ce n'est pas bondé. La dame du restaurant nous explique qu’un jour elle a eu des cyclistes et que c’était le bazar, donc elle hésite à nous faire rentrer. Elle ne veut pas qu’on salisse tout. Dave propose qu’on enlève nos chaussures, du coup elle hésite. Pour Fab et moi c’est plié, on ne veut pas aller là. Si madame ne veut pas de 7 couverts, très bien, on ira ailleurs.
Bon, c’est bien d’avoir sa fierté, mais la pluie commence à s’intensifier. Fab passe sa tête à la fenêtre d’un bar et demande s’ils font à manger. Ce n’est pas le cas. Il demande alors des conseils, à part la pizzéria d’à côté. Les gars nous conseillent le grec, où apparemment ils sont sympas.
On y va donc, et en effet, ils sont super accueillants. Pas de problème pour la boue, un coup de serpillère et c’est réglé. Il y a une grosse tablée déjà installée, donc ça risque de prendre du temps. Pas de problème ! Dehors le déluge est en train de s’abattre, et dedans il y a de l’Orval. Sauf pour Fab qui commande une blanche aux fruits, qui sera servie blanche tout court. Pierre, qui goutera dans son verre et au passage lui refilera le bouton dégueulasse qu’il a sur la lèvre, lui confirmera qu’elle n’est pas au fruit. Pas de problème, on lui en ramène une nouvelle gratos. Vraiment accueil parfait. On mange des plats excellents, et on passe un bon moment de camaraderie. Fab en profite vraiment car en plus de Pierre, c'est les doigts de Jean-Yves qui trempent dans sa bière. C'est un truc du Gros Paquet : il forme un chacal avec ses doigts, les trempe dans un verre (pas forcément le sien), puis arrose les autres avec ses doigts mouillés. "Il faut rincer son chacal", qu'il dit. Faby étant un peu nareux, ça le fait un peu moins rire que nous.
Orval dans un Grec ? Normal en arrivant en pays Gaumais

Rince ton chacal !

Les Chacalis Vertolopadis


Quand on finit notre repas, il ne pleut plus dehors. Le soleil fera même quelques belles apparitions. On a vraiment l’impression que notre chance tourne.
On passe à côté d’un joli petit lac, avec de belles maisons, et avec Francky on décide de s’arrêter prendre quelques photos. Francky commence par faire des selfies avec son super système de « je lève ma main et ça déclenche ». Dans les faits, on a plutôt l’impression que notre ami Picard prend toutes ses photos comme un indien qui fait « Hugh ! » car ça déclenche avant qu’il ne l’ait rabaissée. On prend donc quelques photos, avant de se rendre compte qu’on est en fait juste à côté de l’Abbaye d’Orval. C’est magnifique et très majestueux. Benji nous explique que dans le bar à côté ils vendent du vieil Orval, qu’apparemment c’est le seul endroit où on peut le commercialiser. Je lance donc un vote pour qu’on s’arrête là, mais comme on vient déjà de s’en enfiler pas mal et que les gens veulent rouler, je suis mis en minorité.
Francky devant le joli lac
 
L'abbaye d'Orval

Les Copains Crétins

On rentre à nouveau dans la forêt et c’est le moment que Pierre choisit pour crever son pneu. La solidarité vole encore plus en éclat, je suis le seul à l’attendre. Les autres me font signe de venir plus haut, que ce sera plus sympa. Pierre marche donc pour rejoindre les copains, qui ont trouvé une clairière à côté d’une baraque. Ils se sont attrapé un banc, et s’apprêtent à profiter du spectacle du Scarabée qui change sa chambre à air. David s’installe confortablement au pied d’un arbre et tape la sieste. De mon côté, je commence par manger une pomme qui traine dans mon sac depuis je ne sais quand, puis je me résous à aller filer un coup de main au Pierrot. 
Combien il faut de chacals pour réparer un pneu ?

4 sur un banc

1 qui mange une pomme, 1 qui fait coucou

2 qui découvrent leur reflet

1 qui dort
Non, bon, en vrai c'est juste 2, les autres servent à rien

Le reste de l’après-midi se passe sans encombre. On a quelques belles montées où Gros Paquet peut montrer que c’est lui le champion du gros braquet. Francky aura beau essayer de s’accrocher, il devra reconnaitre que Jean-Yves envoie vraiment du lourd. De loin, on regarde et on constate qu’effectivement la vitesse de rotation de Jean-Yves est encore inférieure à celle du Tracteur, et pourtant il avance soit plus vite, soit à la même vitesse. Les beaux bestiaux ces deux-là. Pierre est également bien en jambes, et monte à un bon rythme. Pour les autres, on reste prudents. On a déjà plus de 300 bornes dans les pattes, on en a encore à faire, ne nous laissons pas aller à partir trop fort. Benji ne pourra pas s’empêcher d’envoyer quelques accélérations qu’il paiera un peu le lendemain.
On croise un peu de bouillasse, mais franchement rien de bien méchant. C’est peut-être la première étape de l’Épopée qui se passe dans des conditions normales, c’est-à-dire qu’on fait du vrai VTT, on n‘est pas tout le temps en train de pousser le biclou, et on n’a pas trop de galère à part les deux pneus crevés.
De fil en aiguille, on arrive au gîte d’arrivée vers 17h40, soit largement avant les 18h visées. Le tout sans se presser, comme quoi si ça passe normalement, on peut arriver dans des délais raisonnables. Le monsieur qui nous accueille nous fait visiter les chambres pour qu’on choisisse si on veut payer moins cher et s’entasse dans le mini gîte, ou payer un poil plus cher et prendre le confort de chambres séparées. Je fais ça avec Dave et on décide très vite de prendre l’option grand luxe, parce que quand même on le mérite bien.
Pendant ce temps, les autres lavent les biclous. Jean-Yves va commander des bières et on se retrouve vite fait à boire des bières en faisant sécher nos fringues au soleil tout en laver les vélos. Michel est arrivé entre temps. Il devait nous rejoindre ici pour terminer l’Epopée avec nous. Finalement il ne pourra pas rouler, mais est venu quand même passer la soirée et la nuit. C’est bien sympa et ça rajoute à l’ambiance. 
Lavage de biclou dans le caniveau

C'est là qu'on prendra nos premières bières

Chacal forever !
Cela amuse les piétons qui passent de nous voir boire un coup comme ça limite dans la rue. Une fois les biclous nettoyés, on les range dans la grange et on se retrouve sur la terrasse derrière. On recommande des bières et quelques zakouskis, et on passe là un bon moment de détente et de rigolade. 
Pierre et Michel, sous le soleil

Les autres à l'ombre

Pourquoi je suis le seul moucheté de boue ?

A la votre !

Je file ensuite à la douche et constate que j’ai me suis fait mordre par un tique. Elle est encore tout petite, mais il faut la virer. J’en profite pour faire un petit reportage photo de cette délicate opération, et je vous la soumets afin qu'à votre tour vous puissiez user de la chirurgie en cas d'urgence.
1 - Prendre le bon outil : le tire-tique

2 - Anésthésie générale par Chimay Bleue volée au Chef

3 - Bien repérer la cible

4 - Glissez là dans l'outil et tournez

5 - Plop ! Elle est sortie vivante. Eradiquez-là

Nathalie Hub nous a rejoints pendant ce temps. Elle vient rechercher le Gros Paquet, et du coup elle boit quelques coups avec nous. Je ne sais pas combien de bière on s’enfile à ce moment-là, mais franchement on est déjà bien gais quand les Hubert nous quittent et qu’on passe à table.
Aujourd’hui encore c’est en mode table d’hôte et on ne regrette pas. En entrée, melon et jambon cru maison, puis un barbecue avec plein de bonnes choses, et en dessert soupe de fraise, décidemment c’est local. 
Les accros du téléphone

Les accros de la Chimay bleue (Benji joue dans les deux catégories)

Le tout est accompagné de vin goûté avec soin par notre spécialiste : Faby, qui va vous apprendre en photo comment vous aussi déguster un bon pinard.
D'abord on sent

Avec l'autre narine aussi

Puis on goute
Rétro-olfaction
Pas bon ???

David soumet l’idée de jouer aux cartes avant d’aller se coucher. Je suis plutôt partant, mais d’abord je téléphone à Zouzou avec qui je règle quelques détails concernant la fête d’arrivée. Quand je raccroche, tout le monde est dans sa chambre, c’est mort pour la belote.
Fab regarde la téloche et zappe un peu. Il s’arrête sur un reportage sur Jeanne D’Arc. Il me râle dessus à deux reprises parce que mon genou traîne devant la télé. Moi je suis occupé à lire des news de sport sur mon téléphone. Finalement, je commence à entendre un ronflement à ma droite. Je le filme histoire de lui prouver que lui aussi peut scier du bois. Je continue un peu à surfer sur le net, tout en écoutant vaguement le truc sur Jeanne d’Arc, quand soudain Faby jaillit du lit tel un diable hors de sa boîte. Il me dit : « aller on éteint et on dort ». Sur ce, il éteint les lumières, coupe la télé et se recouche. J’explose de rire, car cette scène il me l’a déjà décrite, mais normalement c’est Nathalie qui fait ça et lui qui hallucine. Je l’écoute néanmoins (après avoir bien rigolé), pose mon portable, et m’endors assez vite.

mercredi 2 août 2017

Epopée (jour 4) : étape de transition

Quand on se lève le matin, pas trop tôt, il pleut à plein temps dehors. Chacun émerge comme il peut après la soirée très arrosée de la veille et on se retrouve rapidement tous dans la salle commune. Les propriétaires du gîtes nous ont amené ce qu’il fallait pour le petit déj, et, si ce n’est pas le grand luxe de chez Michelle et Michel, c’est déjà incomparable avec le petit déjeuner costaud de Philippe (et c’est juste 3 euros par personne). Et en plus, on a de la pizza froide pour ceux qui aiment ça !
Marie est passée nous ramener nos fringues propres et sèches. On ne peut pas en dire autant des chaussures de mes comparses qui, bien que suspendues aux poutres du chalet toute la nuit, n’ont pas éliminé toute l’humidité provoquée par les pluies de la veille. Certains essaieront de passer le sèche-cheveu avec un succès discutable. De mon côté, comme j’avais mis mes guêtres, j’aurai les pieds au sec. D’ailleurs je compte les remettre aujourd’hui, ainsi que le reste de mes vêtements de pluie. Une fois tout équipé, on pourrait croire que je vais aux sports d’hiver.

Je suis prêt pour la fête !
On descend pour préparer les vélos. Avec ce qu’ils ont subi hier, les dérailleurs sont bien crades et je prends un certain temps à tout nettoyer. Je prends également grand soin à vérifier le serrage des vis de mon porte-bagage, ce que je ferai désormais matin et midi. Pendant ce temps, Benji et Fab profitent des installations et s’affrontent dans une partie de baby-belge effrénée.
Check du porte-bagage

Baby belge (avec les barres qui ressortent)
On constate une légère baisse dans l’intensité de la pluie, alors on démarre. Il n’est pas loin de 11h. On attrape très vite le Ravel, à l’entrée duquel on croise d’autres galériens à l’abri sous un pont. On se salue. Sur le Ravel, on roule plutôt rapidement, avec Benji et Dave qui ouvrent la route et nous qui nous planquons plus ou moins derrière eux. Je sens que tout le monde est content de mouliner un peu, et malgré la pluie, c’est plutôt agréable d’avancer à vive allure (on tourne autour des 22-23 km/h).
Francky, elle a quoi ta visière ?
De larges sourires malgré la pluie
La fine équipe prête à manger du bitume
À un moment donné, je me retrouve un peu derrière avec Fab, et je lui dis : « Tu es conscient que cette Épopée c’est sans doute la dernière ? Je ne suis pas sûr qu’on arrive à remotiver des gens à nous suivre dans nos conneries ». Il acquiesce et me répond « Sous ce format là en tout cas, c’est clair. Par contre sous un autre format, sans bagages... ». Là des images de camping-cars me viennent à l’esprit, mais le moment n’est pas à penser à la suite, mais bien à profiter du présent.
On quitte le Ravel pour continuer vers Bertrix par des petites routes plutôt peinardes dans des petits villages. Arrive déjà très vite le moment de manger, et on se met à la recherche d’un endroit où se restaurer. Fabrice repère un endroit qui fait chambres d’hôtes. La propriétaire est juste devant. En plus de tenir des chambres, elle vend des produits locaux. Fab demande si on peut se restaurer, et elle nous répond qu’elle ne peut pas nous recevoir, la loi belge est stricte à ce sujet, elle n’a pas le droit de faire restaurant. Fab lui suggère alors qu’elle pourrait nous inviter, et que nous on pourrait oublier un petit billet sur la table en partant. Sa proposition ne fait pas mouche mais nous fait bien marrer. La dame nous indique qu’on peut trouver un snack friterie pas trop loin, mais qu’il faut monter une belle cote pour y arriver et celle-ci n’est pas sur notre chemin. Sinon sur notre route il y a quelque chose, mais c’est 9km et ça monte très fort pour y arrive. Comme on a la pêche, qu’on n’a pas peur de rouler, et qu’on a bien avancé le matin, on n’hésite pas une seconde et on choisit la friterie. On a bien fait parce qu’on constatera plus tard que l’autre possibilité pour manger était vraiment bien plus loin.
Conciliabule : "bon on mange ou pas ?"

Moi j'attends tranquille
La cote est vite avalée et nous trouvons le dit snack. Il est 13h30 et on nous annonce qu’ils servent jusque 14h. Parfait ! On s’installe, on commande, évidemment, des Bickys, des frites et des Jupis, et on se restaure dans un joyeux bordel. On recommande quelques bières, puis des cafés, et quand 14h est passé, on sent bien que les 2 filles qui tiennent la boutique s’impatientent un peu. On prend quand même un peu de temps pour se rééquiper, passer aux toilettes, etc..., et on pousse la torture jusqu’à les gêner quand elles veulent quitter le parking en voiture. Quels boulets ces chacals !!!
Bicky !!!

Benji, tu as de la triple sauce dans la barbe

Jupi !!!

Il ne pleut plus et ça c’est plutôt une bonne nouvelle. On redescend la fameuse cote à fond de balle et on retrouve la route initiale. Comme annoncé par la dame, notre route se met à grimper sérieusement. En bas de la cote, on croise un groupe de cyclistes à moteur qui nous font signe et nous crient qu’ils arrivent. Grrrrrrrr !!! Je décide d’accélérer, je refuse qu’ils me dépassent. Le soleil profite qu’on est en plein effort dans cette dure montée pour pointer son museau. Comme en plus on a encore les K-Way, et pour ma part le pantalon de K-Way, il fait très très chaud.
J’arrive en haut de la cote, accompagné de Benji et Francky, avant les cyclistes à moteur. Ça fait plaisir. Quand ils arrivent à notre niveau, on les charrie un peu « Bin alors ? On vous a attendu !!! ». On profite d’attendre Dave et Fab pour enlever les couches de K-Way. Quand ils arrivent, on constate qu’ils ont fait de même, mais eux dès que le soleil s'est pointé. Pas con, parce que vraiment ça a chauffé dans la montée.
Le reste de la journée se passe à un bon rythme, baigné sous un soleil sympathique. On reste toujours sur bitume, mais les paysages sont très sympa, et entrée dans les Ardennes oblige, ça monte quand même pas mal. On se fait plusieurs cotes bien raides et bien longues, où chacun va à son rythme.
Fab et David sont un peu en arrière pour raisons médicales. Fab a mal à son tendon, ça on le savait déjà. La nouveauté c’est David qui s’est esquinté le genou. Apparemment, quand il a récupéré son vélo hier, il n’a pas assez redescendu sa selle. Et en vélo, qui dit selle trop haute dit genou explosé. Bon, en général ça se remet assez vite... à la condition de s’arrêter 2-3 jours. Or, ce n’est pas au programme. Du coup, notre bon Chef, qui a déjà une côtelette en moins, se retrouve à devoir gérer un genou capricieux. À aucun moment il ne se plaindra. Tout comme Faby d’ailleurs, même si on le verra de temps en temps grimacer ou boitiller, mais franchement les deux-là ont été hyper courageux et je leur tire mon chapeau. Quitte à ménager leur corps sur certaines montées et à faire ça à bas rythme, ils ont tout monté, et avec le sourire en prime.
Francky, de son côté, continue son traditionnel mode tracteur. Dès que ça grimpe, alors qu’il occupe souvent la queue de peloton sur le plat ou les descentes, il passe tout le monde en revue avec son rythme de pédalage lent mais lourd. Il envoie du gros braquet. Et comme il y a deux ans, chaque fois qu’il dépasse quelqu’un, celui-ci hurle « Traaaaacteeeeuuuuuur !!!! ».
Benji est également un petit tractounet dans son genre. Là sur bitume, lui qui est initialement un routard, trouve ses marques et il aime bien passer les cotes en force. Donc il n’est pas rare de le voir à la suite de Francky, voire de temps à autre, de lui chiper la première place.
Cette fois c'est Benji parti tout devant

Mais Tracteur ne s'en laisse pas compter

Ca suit à l'arrière, avec le sourire

Et je suis là aussi
À l’issue d’une montée, j’entends un peu trop de bruit venant de mes transmissions. Avec les pluies, je pense que le lubrifiant s’est barré. Je m’arrête donc pour huiler et je propose aux autres de faire de même. Ils refusent. Je les rejoins une fois mon opération réalisée et là Fab change d’avis et me demande mon huile, bien sûr une fois que j’ai tout rangé dans mon sac et tout. J’étais sûr que ça arriverait, du coup je m’agace et, devinez quoi, je râle. « Putain t’aurais pas pu t’arrêter avec moi ? Là faut que je ressorte tout pour toi !». Du coup il prend la mouche et répond « Non, c’est bon, j’en veux plus. Non mais ça va, pas besoin ». Ça m’énerve encore plus car je me doutais qu’il ferait ça, c’est sa technique de me faire passer pour le méchant quand il est casse-bonbons et que je lui fais remarquer. Du coup je m’énerve encore plus. Faut dire qu’on est quand même pas mal fatigués après ces 4 premiers jours exigeants, et du coup on se contrôle un peu moins. Et en plus, comme déjà dit avant, on commence à être un vieux couple avec le Fab et on se connait par cœur. On anticipe ce que va faire l’autre, et quand il le fait ça nous saoule encore plus. Mais bon, comme tout vieux couple, on se calme aussi vite qu’on s’énerve. On s’explique 10 minutes plus tard et on efface. Au pire, si le conflit devait durer, on envisagerait la technique Bonobo... nan j’déconne !
Mets de l'huile !

Bon finalement les autres en mettent aussi
Il ne reste qu’une dizaine de bornes à faire et on n’est encore qu’en milieu d’après-midi. Je suis en train de discuter tranquillement avec Fab sur une petite montée quand on constate qu’il n’y a plus personne derrière nous. Un peu plus loin je vois un chacal qui fait demi-tour. On attend un peu. Rien... Finalement, David nous appelle : Benji a pété sa chaine. Évidemment, ça ne pouvait pas se passer sans aucun accroc cette journée. On fait donc demi-tour et on ne retrouve Benjaille que 1,5 km plus bas. C’est Fab qui s’y colle cette fois, pendant que Dave envoie des textos et que Francky se fait dorer au soleil. Benji fait semblant de s’intéresser à la réparation et moi je prends des photos.
Alors le fil vert sur le bouton vert...

Après 4 jours, l'épilation n'est plus au top

"Kikoo, sava, xoxo"
Quand on remet en route, on constate que de gros nuages noirs se présentent d’un peu partout. Vous allez voir que cet arrêt technique va nous faire prendre la saucée juste avant d’arriver. Du coup, on accélère le rythme. Décidemment, les derniers kilomètres sont toujours compliqués.
À un moment on hésite un peu car un panneau indique Bertrix d’un côté et mon GPS, en mode navigation (rappelez-vous, on n’est pas sur le suivi de la Trace ajourd’hui) m’indique une autre direction. Je ne connais pas la taille de Bertrix, et le panneau indique la direction d’un gros nuage bien noir : on suit le GPS.
On a bien fait car on arrive à la chambre d’hôte sans se faire mouiller. On est passé pile poil dans le couloir entre les nuages noirs. La chance aurait-elle enfin tourné dans cette journée de transition ?
On est accueilli par notre hôte dans une très charmante maison, avec un très joli jardin. Les chambres sont très jolies, modernes, et avec le Fab on a même une lumière d’ambiance pour créer des atmosphères propices à... à regarder des matchs de boxe et de MMA en faisant des paris. C’est ce qu’on fera avec David avant d’aller dormir.
Chaleur !!!
Notre hôte étant réflexologue, j’avais dit au Fab qu’elle pourrait peut-être faire un truc pour son tendon, du coup je lui avais dit de discrètement montrer qu’il souffrait des pieds. Évidemment, il l’a fait façon jean Lefèvre (« Comment ??? Il y a un amant dans le placard ??? »), et quand il arrive en boitant de façon forcé avec un large sourire, je suis sur le point d’exploser. Je lui demande néanmoins, en essayant de mon mieux un air détaché : « Ca ne va pas mieux ton tendon ? ». Lui : « Oh non, c’est pire ! ». Notre hôte lui proposera de la glace. Raté !
Une fois notre douche prise, il est vite temps d’aller manger. On a réservé un resto semi-gastro juste à côté, et on a même l’apéro offert du fait qu’on vient de cette chambre d’hôte. L’apéro ne vient évidemment pas seul, il y aura un deuxième, puis du vin, enfin bref, on boit plus que de raison comme tous les jours désormais. On mange très bien, certains regrettent un service un peu amateur, puis on retourne à la chambre d’hôte.
Apéro offert
Benji et Francky filent direct se coucher, et comme dit précédemment, avec Dave et Fab, on fait des paris sur les combats à la téloche.
On finit par éteindre pour dormir, avec le sentiment d’avoir bien fait de calmer le jeu aujourd’hui. L’étape était bien plus facile que prévue, mais ce n’était quand même pas du tout cuit. Plus de 1000m de D+ et 70km, même sur bitume, ce n’est pas forcément du pur cadeau. Mais comparé aux jours précédents, ça nous a semblé bien plus facile. Et surtout on a enfin eu un peu de répit côté galères. Espérons que cela continue par la suite !